Rapport de Terrain • Février 2026

Restauration des Maçonneries en Calcaire et Reprise du Contrefort Sud

Compte rendu des investigations archéologiques et des opérations de maçonnerie traditionnelle menées sur les parements extérieurs de l'église Saint-Aignan de Tillay-le-Péneux afin d'enrayer les désordres structurels provoqués par les infiltrations anciennes.

Compagnons maçons et bénévoles inspectant les parements calcaire de l'église

Financement Public et Contrôle Technique

Ce chantier de salubrité publique est entièrement non lucratif et financé à hauteur de 100% par des subventions publiques accordées par la Mairie de Tillay-le-Péneux, le Conseil Départemental d'Eure-et-Loir ainsi que par l'apport en temps bénévole de nos adhérents.

1. Diagnostic Sanitaire et État Initial du Contrefort

Les contreforts méridionaux de l'église Saint-Aignan jouent un rôle mécanique fondamental dans la stabilité générale de la nef en reprenant les poussées latérales exercées par la toiture et les arcs de travée. Lors du diagnostic visuel approfondi mené à l'automne 2025 avec le concours bénévole d'un architecte du patrimoine honoraire, plusieurs désordres inquiétants ont été relevés sur le deuxième contrefort sud.

En premier lieu, une dégradation avancée des lits de pose des blocs de calcaire de Beauce a été constatée, principalement causée par des interventions inappropriées réalisées au milieu du XXe siècle. À cette époque, des mortiers riches en ciment Portland avaient été appliqués à la hâte pour colmater les fissures. Or, le ciment moderne présente une imperméabilité totale à la vapeur d'eau, emprisonnant l'humidité ascendante à l'intérieur du cœur de la maçonnerie. Lors des épisodes de gel intense d'hiver, l'eau captive a provoqué l'éclatement superficiel des pierres tendres, phénomène classique connu sous le nom de desquamation calcaire.

En second lieu, les micro-mouvements du sol argileux consécutifs aux sécheresses estivales successives ont généré un désaffleurement de près de deux centimètres au niveau de l'assise médiane du contrefort. Il devenait impératif d'intervenir avant que le tassement différentiel n'entraîne une désolidarisation du contrefort par rapport au mur gouttereau de la nef.

2. Méthodologie et Choix des Matériaux Traditionnels

En concertation étroite avec l'Architecte des Bâtiments de France et la municipalité de Tillay-le-Péneux, le protocole de restauration a proscrit tout emploi de matériaux synthétiques ou de liants hydrauliques modernes incompatibles avec la pierre locale. Le chantier s'est articulé autour de quatre étapes successives rigoureusement ordonnancées :

1. Décaissement et piochage manuel des anciens joints : Les compagnons ont procédé à la dépose méticuleuse de tous les enduits au ciment à l'aide de petits burins plats et de maillets de bois, évitant rigoureusement l'utilisation de marteaux-piqueurs pneumatiques dont les vibrations auraient pu désolidariser les moellons internes du mur.

2. Remplacement des pierres dégradées par incrustation (tiroir) : Six moellons dont la cohésion interne était irrémédiablement ruinée ont été extraits puis remplacés par des pierres de taille calcaire neuves issues d'un banc géologique similaire de la région de Beauce. Chaque pierre de remplacement a été layée à la main pour reproduire les stries d'outils observables sur les blocs historiques voisins.

3. Formulation du mortier à la chaux aérienne : Le mortier de coulis et de rejointoiement a été confectionné sur place selon une recette éprouvée : deux tiers de chaux aérienne éteinte en pâte (CL-90) pour un tiers de chaux hydraulique naturelle (NHL 2), mélangées à du sable de rivière lavé à granulométrie étagée (0 à 3 mm). Ce mélange garantit une excellente microporosité, permettant à la maçonnerie de respirer librement et d'évacuer l'eau de pluie par évaporation naturelle.

4. Serrage et brossage des joints : Après injection gravitaire du coulis de consolidation pour combler les vides internes, les joints ont été serrés au fer puis brossés à la brosse de chiendent au moment de leur prise initiale afin de faire ressortir le grain du sable et de fondre l'intervention dans la patine générale du chevet.

3. Bilan de l'Opération et Prochaines Échéances

L'intervention, menée sur une durée totale de dix-huit jours ouvrés par deux artisans compagnons spécialisés secondés par quatre bénévoles de notre association, a permis de sécuriser intégralement la travée sud de l'église Saint-Aignan. Les relevés de planéité effectués à l'aide de règles de précision confirment l'arrêt total de tout déplacement mécanique.

Une grille de ventilation basse a également été aménagée en pied de mur pour accélérer l'assèchement du sol intérieur de la nef. Cette réussite opérationnelle valide l'approche concertée menée par l'association et la commune, et servira de référence pour la programmation de la prochaine tranche de travaux qui ciblera le portail occidental et la baie du clocher.

Notre association tient à adresser ses plus chaleureux remerciements aux élus municipaux de Tillay-le-Péneux et aux techniciens départementaux pour leur disponibilité exemplaire tout au long de cette opération emblématique de sauvegarde rurale.